La stigmatisation de l’avortement: comment la dépression a faillit me conduire au suicide.

Hello la team.

Deux journées importantes se sont succédé au cours de la semaine dernière. Les 10 et 11 octobre qui sont respectivement, la journée mondiale de la santé mentale et la journée internationale de la fille.

Si vous vous demandez, où se situe le rapport; ça tombe bien. Parce que je me pose la même question aussi.

Ce billet est un peu spécial, alors tenez-vous prêts.

À travers les prochaines lignes, lisez l’histoire d’une internaute. Une jeune fille qui tient à partager son expérience, son vécu.

Je la nomme Bella. Elle aura bientôt 25 ans. Elle est étudiante et représente aujourd’hui la fierté de ses parents.

 Je n’en dirai pas plus. Je la laisse vous raconter toute l’histoire.

Tout a commencé par un tweet

Le message de Bella en DM après avoir lu le thread sur l’avortement

Je défilais les tweets récents, lorsque j’ai vu celui de notre sage-femme. Je ne la connaissais pas vraiment avant. Et j’ai aimé la manière dont elle a abordé le sujet.

Le fameux thread 1

Elle a dit à la fin, que l’avortement a des répercussions psychologiques sur la femme. Et qu’il constituait donc, un service de santé à ne pas négliger. Cela m’a vraiment touché.

le fameux thread 2
J’ai décidé de partager ma petite histoire. Comment j'ai du recourir à l'avortement. Afin de montrer l’enjeu, et tout ce que cela implique. Si cela peut aider plus d’une, j’en serais heureuse. Cliquez pour tweeter

Previously…

Il y a 9 ans si on me demandait ce que je pensais de l’avortement, je serais l’une de ces personnes à incriminer. Et juger celles qui le font. Mon argument : la vie est sacrée.

Mais sachez une chose, cela n’arrive pas qu’aux autres. Je m’en suis rendu compte peu de temps après.

Une grossesse précoce et non désirée : ça n’arrive pas qu’aux autres

J’avais 16 ans. J’étais en classe de 3e, et je me suis retrouvée enceinte de mon copain (B). B était en Tle. Entre nous, c’était l’amour fou. Mais nous n’étions pas préparés à vivre une pareille situation.

Il vivait avec sa tante. Pas très stable côté famille, et moi, c’était tout le contraire. Ma famille était un modèle typique de bonne famille et les parents assez sévères et présents pour notre éducation. Papa voulait de bons résultats à l’école. Maman une bonne éducation, pour qu’on demeure de bons enfants.

On pouvait aborder tous les sujets. Mais jamais on ne parlait de sexualité. C'était un sujet tabou. Cliquez pour tweeter

La décision de recourir à l’avortement

Quand j’ai su que j’étais enceinte, mon souhait était que la terre s’ouvre sous mes pieds et  que je disparaisse.

Mon copain m’a dit qu’il me soutiendra, quoique je décide. Même si le mieux, c'était d'avorter. Cliquez pour tweeter

Il me dit par la suite que cela n’était rien de compliquer. Il fallait juste prendre certains médicaments, et en quelques heures, c’était fini.

Après réflexion, j’ai accepté. Parce que cet enfant, à mon âge, dans cette famille, serait une trop grande responsabilité. Je n’étais pas du tout prête.

Lorsque j’entendais des jeunes filles de mon âge enceintes, dire : « je ne sais pas comment cela est arrivé », ça me faisait rire. Je me demandais, mais comment pouvaient-elles ne pas savoir comment cela est arrivé ? Bah à cette époque, ce fut mon tour. Et j’ai compris.

ça n’arrive pas qu’aux autres

Échec de l’IVG

Quelques jours après, B m’apporta une ordonnance avec les médicaments qui étaient prescrits. Il m’a dit que l’interruption sera faite, dès que je finirai les médicaments. J’ai respecté la prescription à la lettre.

Mais rien ne se produisit. La grossesse était encore bien là. J’étais à environs 2 mois. Et la situation devenait plus compliquée. Les malaises, l’anxiété, les mauvaises notes au cours, la dépression. Je la portais encore. Et jusque-là je n’ai osé en parler à personne à la maison.

Chaque heure paraissait comme une éternité. B n’avait visiblement plus de solution pour moi. C’était vraiment dur.

 La confession

J’avais envie de mourir. Rien qu’à imaginer la réaction de mes parents, lorsqu’ils vont l’apprendre, ma vie devenait très lourde. Insupportable.

Puis me vint cette idée. Me confier à la seule personne qui pouvait me comprendre. Ma tante, avec elle je pouvais tout dire, sans qu’elle ne me juge.

Je suis donc allée la voir, dès le lendemain. Après m’avoir écouté, d’un ton calme et rassurant, elle me dit «nous allons informer ta maman, elle va comprendre.»

J’étais encore dans son bureau, lorsqu’elle appela maman. Elle vint quelques heures après et dès qu’elle me vit, je ne sais pas comment, mais elle avait tout compris. J’ai vu des gouttes de larmes se suivre pêle-mêle sur son visage. Je pouvais y lire la déception. À ce moment précis, je n’avais qu’une envie: disparaitre.

Elle prit quelque minute et martela, lève-toi, on va à la clinique.

Maman m’emmena chez un gynécologue

Le gynécologue confirma la grossesse. 2 mois quelques semaines. Maman prit immédiatement rdv pour une IVG à la clinique.

Le lendemain soir même, je me suis rendue à la clinique avec ma tante. Papa n’en savait rien, et c’était mieux comme ça.

Une anesthésie dans le bloc opératoire et je m’endormis en quelques secondes. Je ne sais plus ce qui s’est passé. Le Dr m’a rassuré que je n’avais plus rien à craindre. Il me fit une ordonnance. Et nous rentrâmes, quelques heures après.

 La stigmatisation de l’avortement

Depuis ce jour, ma mère était devenue très amer avec moi. Elle ne manquait aucune occasion, pour me rappeler à quel point j’étais une déception. Comment je lui faisais honte. Comment j’étais une idiote. Et qu’elle aurait préféré ne pas m’avoir comme son enfant. Ce fût une énorme pression. Moi, je me sentais profondément blessée. Et brisée dans mon âme. L’atmosphère est devenue très aigre entre elle et moi.

Maman a informé papa sans me consulter. Je l’ai détestée. Mais heureusement papa s’était montré très compréhensible et compatissant. Il m’a fait promettre de mieux me comporter à l’avenir.

Avec maman, rien n’a changé. Les rares fois qu’elle me parlait, c’était pour me réprimander, m’insulter, me maudire. C’était devenu notre quotidien. Peu à peu une grosse dépression s’installa. Je m’en voulais. Je me détestais. Pour moi, si ma mère m’en veut à ce point, donc Dieu aussi m’en voulait. Je me disais que maman avait sûrement raison. Je me voyais comme une grosse tâche. Et dans ma tête, il y a cette voix, qui me soufflait que je ne méritais pas de vivre.
J’en souffrais énormément. Est-ce que B a connaissance de tout ce qui se passait ?
Évidemment mais il n’était pas impliqué pour autant. Il ne semblait pas s’y intéressé.

Un soir, j’ai acheté des comprimés de paracétamol, une cinquantaine et j’ai eu l’idée de me suicider. J’étais sur le lit, en larmes, et je priais la très sainte Vierge Marie de me venir en aide et de me pardonner. Sans le savoir, je me suis endormie.

À mon réveil le lendemain, j’ai repoussé mon idée de suicide à plus tard. Heureusement pour ma vie.

Ma guérison

J’ai commencé à mieux aller quand j’ai rencontré une amie, S. Elle et moi avions la même histoire pratiquement. Elle a été une force pour moi. Maintenant elle est mariée et a un enfant.

À l’approche de Pâques, nous avons décidé de nous confesser. Je pleurais en avouant au prêtre ce que j’avais fait. Il me prit la main et me dit que Dieu m’a pardonné et que ce petit être est devenu un ange qui veille sur moi.

Avec maman, nous sommes très proches maintenant. Je suis en fin de cycle et elle est fière de moi. Un passé douloureux que je ne souhaite à personne. B et moi ne sommes plus ensemble.

Ce choix n’est pas facile, j’ai failli y rester psychologiquement.

Nous ne devons pas juger une femme qui a eu recours à l'avortement. Mais plutôt s’entraider, être un soutien pour les uns et les autres et protéger la vie quand il le faut. Cliquez pour tweeter

IVG: Interruption Volontaire de Grossesse

Bella: Nom d’emprunt de notre internaute

B: Pour désigner l’Ex-copain de Bella

S: Pour désigner la copine de Bella

12 commentaires sur “La stigmatisation de l’avortement: comment la dépression a faillit me conduire au suicide.

  1. Personnellement, au lieu de jouer les sapeurs pompiers, je préconise que nous soyons à l’avant-garde comme conseillère des jeunes adolescents qui s’adonnent au sexe sans un préalable.

    L’avortement non therapeutique ne peut être encouragé car n’a rien de noble. Je pense que nous devons expliquer cela aux jeunes.
    La joie de la douceur ne doit pas l’emporter sur le bon sens.
    *Plus tard , plus sur* ne doit pas être juste une phrase, mais un comportement que nous devons refleter.

    Encourager le port de préservatif si on n’est pas prêt pour une grossesse *ou* assumer sa virginité (qui est une vertue qui se perd ou déjà perdue) *etc*.

    Bon article, qui doit nous faire refléchir. Où allons-nous ? Et que voulons-nous ?

    Merci .
    *Florent HOUNSOU*

  2. Personnellement, au lieu de jouer les sapeurs pompiers, je préconise que nous soyons à l’avant-garde comme conseillère des jeunes adolescents qui s’adonnent au sexe sans un préalable.

    L’avortement non therapeutique ne peut être encouragé car n’a rien de noble. Je pense que nous devons expliquer cela aux jeunes.
    La joie de la douceur ne doit pas l’emporter sur le bon sens.
    *Plus tard , plus sur* ne doit pas être juste une phrase, mais un comportement que nous devons refleter.

    Encourager le port de préservatif si on n’est pas prêt pour une grossesse *ou* assumer sa virginité (qui est une vertue qui se perd ou déjà perdue) *etc*.

    Bon article, qui doit nous faire refléchir. Où allons-nous ? Et que voulons-nous ?

    Merci .
    *Florent HOUNSOU*

    1. Merci pour l’apport Florent, comme tu le dis si bien l’éducation sexuelle doit être mieux prise à cœur. Mais nous avons tous un rôle à y jouer. Tu voudras bien partager l’article pour informer plus d’un?

  3. Je suis vraiment touchée par ce texte. S’il est vrai que l’avortement n’est ni conseillé ni approprié, il faut reconnaître que parfois il se présente comme la seule alternative. C’est pourquoi je soutiens et pense qu’on peut encore réduire voir éviter cette pire expérience chez les jeunes filles à travers l’éducation à la sexualité. Les parents, la communauté ne devraient plus en faire un tabou. Plus on a l’information, mieux on se préserve. Soyons des oreilles à l’écoute de nos enfants. Heureusement suis-je tentée de dire pour Bella. Mais combien sont -elles à ne pas avoir cette chance? Toutes ces personnes qui passent par là ont besoin de nous pour aller de l’avant.

    1. Vraiment Mme Halilathou, heureusement que le pire ne s’est pas produit pour Bella. Et comme vous le dites, nous devons renforcer notre engagement par rapport à l’éducation sexuelle. Chacun à son niveau. Merci pour votre apport.

  4. Ce fut une histoire très touchante. Merci de l’avoir partager.
    Je pense qu’il faudrait qu’on insère dans le système d’enseignement béninois des créneaux pour parler de la sexualité. Promouvoir donc le métier d’éducateur sexuelle.

    1. Merci Mr Dominique TOYI, il y a actuellement le programme d’éducation sexuelle en milieu scolaire, qui a outillé les enseignants. Ils pouront donc désormais aborder la question de la sexualité avec les élèves en cours. Mais le défi est assez grand et tout le monde a sa partition à y jouer.

    1. Merci de faire partir de nos fidèles lecteurs Conforte!
      Évidemment, l’éducation sexuelle doit être mieux considérée et chacun devra jouer sa partition.

  5. Merci pour le partage. A travers son histoire, chacun trouvera un message en fonction des références qu’il a en la matière. Pour ma part, je ne suis pas pour un droit systématique à l’avortement. Toutefois, lorsqu’on en arrive à être contraint de le faire, il vaut mieux accompagner la personne. Ce n’est pas le moment de jouer les donneurs de leçons. L’idéal aurait été de sensibiliser les filles à travers une éducation sexuelle adaptée à leur âge afin qu’elle aassilile les enjeux de la préservation et de l’abstinence.

    Dans cette perspective, votre initiative est salutaire. Du courage

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